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La vie continue (partie unique)

Auteur : Gagou (Garou) ( gagougarou@hotmail.com )

Où le situer : Il ne se situe pas vraiment.

Notes : Notes de Gagou : "Disclaimer : Bon, j'aimerais dire que les personnages de Jarod, Miss Parker, Broots, Sydney, blah blah blah (trop long à énumérer), et tout le reste ne sont pas à moi (noooon! je veux Jarod!!!), ils appartiennent à TNT, NBC, FOX, et je ne me souviens plus des autres. Je ne compte tirer aucun profit de cette fanfic. :)
Note : Merci à ma beta-lectrice Karine pour avoir bien voulu m'aider un peu dans cette dure tâche qu'est l'écriture... merci à touah! ;)
Voilà... enjoy! :) "

Notes de la lectrice : J'espère que ce fanfic ne gêne pas en étant ici, j'ai oublié de demander à Gagou si je pouvais (Gagou ? Tu m'en veux ?). Comme il était un peu partout (Francofanfics, InTheMoonlight, ...), je me suis dit que ce ne serait pas un drame. Gagou, si ça te gêne, engueule-moi ! lolll Mais il est tellement beau que je n'ai pas résisté !

 

 

La vie est tellement courte. Tellement injuste. Une minute vous êtes là, à profiter de tous ses plaisirs, à les partager avec ceux à qui vous tenez, et celle d'après, plus rien. Vous cessez d'exister. Vous retournez d'où vous venez, et laissez ceux que vous aimez derrière vous, les laissez dans la douleur et dans le chagrin, les laissez pleurer votre absence et tous les moments, tous les mots, toutes les paroles qu'ils n'auront pas pu partager avec vous.

Tout est fini. La chasse, les petits jeux d'esprit si agaçants, les appels nocturnes me réveillant au beau milieu de mon sommeil, mais qui pourtant rythmaient ma vie, me laissaient souffler un peu et me permettaient de laisser tomber, ne fût-ce que pour quelques instants, mon masque, ma carapace infranchissable.
Tout est terminé.

Jarod est parti. Pas dans le sens où il en a eu assez de nous traîner, Sydney, Broots et moi, à travers tous les Etats-Unis et qu'il a disparu pour vivre enfin sa vie. Non.
Il est mort.
Il y a quatre jours, il vivait. Aujourd'hui... son cercueil est là, devant moi. Son corps... son corps est Dieu sait où.
Il y a quatre jours, il était heureux. Il avait réussi à retrouver sa famille, et s'était mis en route pour aller la voir.
Il y a quatre jours, il roulait sur la route, un sourire ineffaçable sur les lèvres, des pensées de joie dans son esprit, les retrouvailles tant attendues avec ses parents et sa soeur se jouant déjà dans sa tête.
Jusqu'à ce que... Lyle s'en mêle. Jusqu'à ce que ce monstre que je ne peux me résoudre à appeler mon "frère" interfère avec ses plans de bonheur. Jusqu'à ce qu'il se mette à le pourchasser en voiture sur la route. Jarod s'est rendu compte trop tard qu'il était poursuivi. Trop occupé à penser à sa famille. Trop joyeux pour s'apercevoir que trois voitures noires s'étaient glissées à ses côtés et devant lui et l'avaient coincé. Lyle était dans l'une d'elle. Ce chien l'a poussé sur le côté, poussé jusqu'à ce que Jarod ne puisse plus aller nulle part et soit obligé de foncer dans le fossé. Sa voiture a fait cinq tonneaux, s'est crashée contre un arbre, et a pris feu. Les nettoyeurs ont bien essayé de dégager son cadavre, mais la fournaise était trop intense pour pouvoir faire quoi que ce soit. Les restes de la voiture étaient complètement calcinés, et on a pas pu retrouver son corps. Réduit en cendres.
Ce bâtard de Lyle m'a raconté toute la scène. Il me l'a racontée comme on raconte une séance de chasse, prenant Jarod comme sa proie, s'extasiant de cette histoire. Il était complètement euphorique.

Pas moi. En apparence, je semble peut-être moins touchée que tous les autres par cet évènement. Mais dans mon âme... j'ai l'impression d'avoir été transpercée par une lance, qu'on m'a arraché le coeur pour l'agiter ensuite devant mon nez et le lancer dans un bûcher pour qu'il brûle à petit feu.
Mais je ne dois pas le laisser paraître. Pas devant eux.

Nous sommes réunis au cimetière. Sa famille. Sydney, Broots. Moi. Etrangement, ils ont tenu, après avoir appris la nouvelle, à ce que nous venions. Le Centre n'est pas au courant, mais de toute façon la famille de Jarod n'a plus aucune importance pour eux maintenant que leur Caméléon est mort. Nous étions ses chasseurs, ses poursuivants, et pourtant, ils ont voulu que nous soyons présents.
Et c'est moi qui vais devoir faire un discours en son honneur. Devant tout le monde.

Laissez-moi vous présenter la scène. Nous étions tous réunis autour du cercueil de Jarod. Le prêtre, devant, prononçant l'éloge funéraire. Le Major, Margaret, Emily, Sydney et Broots, à côté. Sa famille pleurait. Sydney aussi. Broots, quant à lui, affichait une mine qui n'était vraiment, vraiment pas belle à voir.
Moi... j'étais à côté du prêtre, habillée de mon long manteau noir. J'avais mis mes plus beaux vêtements -noirs- car je voulais rendre hommage à Jarod de toutes les manières qu'il soit. Il m'avait bousillé tellement de vêtements avec ses petits tours... je lui devais au moins ça.

Soudain, un toussotement, me tirant de ma rêverie. Je levai les yeux et m'aperçus que tout le monde me regardait. J'avais dû être trop absorbée par mes pensées pour m'apercevoir que le prêtre avait fini et que tout le monde attendait que je prononce mon discours.
Chancelant légèrement, je m'avançai un peu, pris une longue inspiration, et...

"Je... vous prie de m'excuser si... si je ne suis pas..."

Je me repris, avant de finir ma phrase. Pas à la hauteur? Pour eux, je le devais. J'enchaînai.

"Jarod... Jarod, durant toute sa vie, n'a recherché qu'une seule chose : le bonheur. Mais il ne l'a pas cherché seulement pour lui, comme certaines personnes égoïstes peuvent le faire. Il l'a également cherché pour les autres. Depuis son départ du Centre, il a consacré son entière liberté à aider ceux qui en avaient besoin, à dénoncer les injustices et à réparer les erreurs que les hommes ont commises. Il l'a fait sans chercher aucune récompense, sans chercher à être remercié par quiconque, à se faire valoir par tous les médias pour ses bonnes actions. Les sourires de ceux qu'il aidait lui suffisaient."

Je fis une pause, essayant de rassembler mes pensées pour pouvoir continuer.

"C'était un homme généreux, altruiste, et tellement innocent... il y avait dans son regard un lueur enfantine tellement pure... il était bon jusque dans son âme, malgré tout ce que lui avait fait subir les personnes qui l'avaient gardé prisonnier." Pause. "Il... il avait pour habitude de m'appeler au milieu de la nuit et..."

Je me tournai vers Sydney et esquissai un sourire.

"Durant ces courtes conversations avec lui, il me parlait de ses découvertes. Mais également de sa famille. Pour lui, elle représentait tout. Il aimait ses parents et sa soeur plus que tout au monde."

Levant les yeux vers Margaret, je m'aperçus qu'elle avait les siens encore plus embués de larmes qu'auparavant. Je continuai.

"Je n'ajouterai qu'une seule chose. Cela va peut-être sembler bizarre aux personnes qui me connaissent, car après tout je suis celle qui l'a chassé pendant près de cinq ans. Mais je veux simplement dire que... malgré tous les petits jeux auxquels il jouait avec moi, toutes les fois où il m'exaspérait et m'énervait prodigieusement... Malgré tout cela..."

Une autre pause. Je m'efforçai de refluer les larmes qui m'aveuglaient et menaçaient de couler le long de mes joues.

"Il a été pour moi le meilleur des amis, et même si je n'ai jamais rien laissé paraître, je ne le remercierai jamais assez de m'avoir offert son amitié."

Je me penchai en avant et déposai une seule rose rouge sur son cercueil.

"Il nous manquera."

Quelques instants après, sa famille quittait les lieux, mais pas avant de m'avoir lancé un regard qui voulait dire "merci". Je suis restée sans bouger à côté de sa tombe, même après qu'on l'ait recouverte de terre. Broots était parti lui aussi. Sydney, lui, est venu me voir et m'a simplement dit :

"C’était un très beau discours."

"Syd..."

"Parker. Est-ce que ça va?"

Pourquoi est-ce qu'il me demandait ça! Bien sûr que non ça n'allait pas!

"Oui Sydney. Inutile de s’appesantir sur le passé, n'est-ce pas?" Sourire ironique. "Comme le dit si bien mon père, "la vie continue"."

"Parker, je sais que vous étiez très proche de Jarod quand vous étiez enfants..."

"Je vais bien, Sydney!" le coupai-je sèchement. Pas de ça. Pas ici. Pas maintenant. Je ne voulais pas être réconfortée, même si au fond de moi je savais que j'en avais terriblement besoin.

Sydney m'a regardée, a fait une moue signifiant qu'il n'était pas convaincu, puis a simplement quitté les lieux, me laissant le peu de paix que je méritais. Je suis restée plantée là, sans faire un seul mouvement.

La nuit est tombée. J'étais toujours debout, comme plongée dans un profond coma. Puis, d'un seul coup, je me suis effondrée à genoux et me suis mise à pleurer de rage et de douleur. J'ai pleuré toutes les larmes de mon corps, recroquevillée devant sa tombe, maudissant le ciel, maudissant le destin, maudissant Lyle, maudissant le monde entier. Je suis restée là tout la nuit, à sangloter jusqu'à ce que mon corps soit trop épuisé pour me permettre un seul soubresaut de plus, jusqu'à ce que je ne puisse plus verser une seule larme.

~~~~~~~~~~~~~~~~~~


Trois mois plus tard.


Trois mois. Déjà. Trois mois qu'il nous a quittés et il me semble que cela fait une éternité. Trois mois sans entendre cette voix agaçante mais qui pourtant me manque terriblement, sans jouer à ces jeux stupides dont il avait le secret.
J'ai l'impression que ma vie s'est arrêtée. Je ne suis plus qu'un zombie au travail. C'est à peine si j'arrive à distinguer le matin du soir. Me lever, manger, travailler, rentrer, manger, me coucher. Ma vie s'est résumée à une série de verbes.
Les autres semblent ne pas comprendre pourquoi je suis dans cet état. Pour eux, Jarod était seulement le rat de laboratoire que je devais chasser et ramener à la maison. Point. Pour moi, il était bien plus... Il était mon ami. Il était toujours là pour moi quand j'en avais besoin. Toujours là quand il le fallait, toujours une parole réconfortante à dire...
Alors imaginez un peu Sydney. Il est complètement dévasté, pour lui Jarod était comme un fils. Il a maigri à un point que je n'imaginais pas possible, et ne sort pratiquement plus du labo de simulation. Je m'inquiète beaucoup pour lui, et j'ai peur que son état n'empire encore.

Trois mois... mais la vie a quand même suivit son cours, elle a continué à avancer sans nous attendre... moi traînant derrière et Sydney s'étant pratiquement arrêté. Mais aujourd'hui j'ai pris une décision. Je vais avancer. Je vais avancer ne serait-ce qu'un seul instant pour ensuite tout stopper complètement, mais je vais faire un grand bond en avant.
Tout à l'heure j'ai croisé Lyle dans un des couloirs du Centre. Il était en compagnie de deux jeunes asiatiques et semblait tout à fait radieux. Tellement radieux qu'il m'a lancé un grand sourire et a cyniquement ajouté :

"Tu devrais te regarder dans une glace, petite soeur. Tu fais vraiment peur à voir. Franchement, je ne comprends pas pourquoi tu te mets dans un tel état pour un rat de laboratoire qui était tout juste capable de nous mordre le pied et qui ne mérite même pas mon estime. Il aurait au moins pu se donner la peine de mourir plus dignement."

Et sur ce, il a éclaté d'un grand rire. C'est là que j'ai pris ma décision. C'est pour ça que maintenant, en ce moment même, je marche d'un pas décidé vers un bureau qui se trouve juste devant moi.

J'ouvre les portes, et la personne assise derrière son bureau me regarde d'un air surpris. Je lui rends son regard, seulement le mien est défiant et déterminé. Des yeux bleu acier rencontrant des yeux bleu glacial. Je m'avance lentement. Je lève mon bras.
*Click*
Les yeux bleus en face se remplissent d'une lueur effrayée. Dieu que c'est bon. Enfin quelque chose digne d'être vu dans ce monde. De la peur dans son regard. Il me regarde, me suppliant silencieusement. Sans effet. La vengeance est un plat qui se mange froid, pas vrai?

"Adieu, Lyle."

Détonation. Tout se passe au ralenti. La balle qui va se loger directement dans son coeur. Son corps tombant en avant sur son bureau. Le sang qui coule de la plaie et s'étend en une mare rougeâtre. Ses yeux, me fixant, s'éteignant lentement.

On dit que les yeux sont le reflet de l'âme.

Je n'ai rien vu dans les siens.


~~~~~~~~~~~~~~~~~~


Cinq minutes plus tard.


Tout le Centre est en état d'alerte. Les gens courent partout, s'affairent. Ils ont peur. Normal. Mr Lyle vient d'être exécuté. Ils ne savent pas par qui - comment pourraient-ils le deviner? Comment pourraient-ils imaginer un seul instant que moi, sa soeur, le fantôme qui a hanté les couloirs du Centre pendant ces trois derniers mois, j'aie pu lui tirer dessus? Après tout, je ne suis plus qu’une simple ombre.
Alors personne ne me voit. Je passe inaperçue parmi les autres ombres du Centre, et je me fraie un chemin jusqu'au labo de simulation. Sydney et Broots sont là, travaillant sur un quelconque projet. Je me tiens à l'entrée, sans faire un bruit.
Finalement, c'est Broots qui me remarque le premier. Il a toujours l'air aussi effrayé qu'avant.

"Oh, Miss Parker! Vous avez entendu tout ce raffut? Mr Lyle a été..."

Je le regarde, puis mon regard dévie vers Sydney. Il a toujours la même expression douloureuse dans les yeux, celle qu'il arborait également trois mois auparavant.

"Oui. Ecoutez-moi bien. Aujourd'hui vous allez partir plus tôt. Ils vont faire un check-up complet de tout le monde et je ne veux pas que vous soyez impliqués là-dedans."

"Vous voulez dire que...", commence Sydney.

Un seul regard et ils comprennent. Un seul regard et ils s'en vont, laissant derrière eux le labo. Au moins ils ne seront pas impliqués dans le meurtre de Lyle. Je suis la seule responsable. Curieusement, je n'éprouve aucun remord. J'aurais même dû faire ça il y a très longtemps... si seulement j'avais pu prendre cette décision avant... si seulement j'avais pu... Jarod serait encore en vie. C'est comme si, pratiquement, je l'avais tué.
Et cette pensée me hante chaque nuit. Il est mort par ma faute, parce que je n'ai pas su le protéger de ceux qui lui voulaient du mal. Parce que j'étais trop aveugle pour pouvoir voir la vérité en face, pour me rendre compte que l'ennemi, ça n'était pas lui, mais les personnes qui prétendaient être "ma famille" et me nourrissaient de leurs mensonges.

Marchant tel un automate dans le Centre, voilà ce à quoi j'était occupée à penser. Voilà l’idée qui ne me sortait pas de la tête, tous les jours depuis trois mois. Tu l'as tué, tu l'as tué, tu l'as tué. Voilà ce qui en ce moment même menaçait de briser mon âme en mille morceaux.
Mais j'ai tenu. Je suis sortie du Centre, empruntant l'entrée principale sans que personne ne fasse attention à moi. Je suis allée jusqu'à ma voiture, et j'ai conduit d'une seule traite jusque chez moi.
J'aurais pu dire que c'était parce que je me sentais en sécurité là-bas. Mais il n'en était rien. Cet endroit était peut-être le pire de tous, parce que j'étais seule et que rien ne pouvait m'arrêter de penser à lui, de me convaincre que je l'avais vraiment tué.

J'ai garé ma voiture, et marché vers la porte. J'ai fait jouer les clés dans la serrure et j'ai tourné la poignée, puis une fois dedans, une fois la porte refermée et verrouillée, j'ai laissé échapper un soupir qui ressemblait plus à un sanglot qu'autre chose.
J'avais déjà été responsable de la mort d'un homme, et là je venais d'en exécuter un. Sans procès, sans aucun souci de justice, juste un désir de vengeance guidant mes mouvements, j'ai exécuté un être humain. Un monstre, oui. Mais un être humain quand même.
Mais pas la peine de me tourmenter à ce point. Mon esprit, trop embrouillé et trop fatigué pour pouvoir réfléchir correctement, ne pensait plus qu'à une chose - vodka.
Alors je me suis dirigée vers le placard et j'ai sorti une bouteille d'alcool. Je me suis installée sur le sofa, et j'ai levé mon verre. Allez, Lyle. Tu devrais être flatté, je trinque à ta santé. Un verre pour toi. Et pourquoi pas pour Sydney aussi? Lui qui a tant perdu... Et pour Broots, mon ami fidèle. Un verre pour toi aussi. Un verre pour ma mère. Un pour Thomas. Un pour Jarod...
Les verres se sont ainsi succédés, les uns après les autres, la bouteille se vidant peu à peu jusqu'à ce qu'il ne reste plus une goutte de vodka et que je ne puisse plus distinguer la réalité des choses que ma tête pensait voir ou entendre.
Pourtant, il restait quand même une pensée claire dans mon esprit.

Jarod.

Et pour la énième fois, cela suffit pour que mes yeux se remplissent de larmes et que je me mette à pleurer sans pouvoir me retenir, encore et encore. Je n'ai fait que ça pendant trois mois, je ne vois pas pourquoi ça aurait dû changer maintenant. Alors, effondrée sur le sofa, j'ai continué à pleurer.


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Je crois que je suis en train de faire un rêve. J'ai bu trop d'alcool, je suis complètement saoule. Mais je crois que je rêve. Parce que je viens d'entendre la porte d'entrée grincer.
Je lève mes yeux rougis et gonflés, et à travers ma vision floue, j'aperçois une silhouette mince se découpant devant la porte. Je baisse la tête et la repose lourdement sur le sofa avec un soupir, en fermant les yeux. C'est bien un rêve.
J'entends des pas qui se rapprochent de moi, presque inaudibles. Je n'ouvre pas les yeux. Si je suis bien en train d'imaginer ce que je crois, je ne veux pas le voir. Pas lui.
Un bruissement léger à côté de moi. J'enfonce ma tête dans les coussins, refusant de regarder. Le canapé ploie légèrement sous le poids de quelque chose qui vient de se poser dessus. Et puis...

"Parker..."

Un chuchotement, que j'ai eu peine à entendre. Je sais que je rêve. Je sais que je rêve de lui, que le voir sera trop douloureux, mais pourtant je lève la tête. Et mes yeux se remplissent à nouveaux de larmes.

"Je suis désolée..." sangloté-je.

Jarod est là, assis à côté de moi. Il me regarde avec ses grands yeux chocolat et se penche légèrement en avant pour me soulever, puis s'enfonce dans le sofa et me serre contre lui, ses bras m'encerclant protectivement.

"Parker... shhh... calme-toi..."

Mais ses paroles, qu'il veut réconfortantes, n'ont aucun effet sur moi... je continue à pleurer.

"Je t'ai tué, Jarod. Je t'ai tué... tu es mort, et c'est ma faute..."

"Non Parker. Regarde-moi. Je suis bien là, tu vois?"

Avec ça il me fait un petit sourire, ce sourire que j'ai toujours tant aimé chez lui, si innocent. Je passe mes bras autour de sa taille et le serre étroitement, enfonçant ma tête dans le creux de son cou. Mon dieu, il a l'air si réel... la chaleur qui se dégage de son corps, son odeur, la sensation de son coeur qui bat contre ma poitrine... Oui mais...

"Oui, mais tu n'es qu'un rêve. Tu n'es pas réel... je suis en train de rêver de toi, encore, et quand je me réveillerai, tu seras parti." Pause. Un sanglot me serre la gorge. Je plonge mes yeux dans les siens. "Encore." ajouté-je.

Une lueur un peu triste passe dans son regard.

"Peut-être." Il penche sa tête pour me regarder. "Peut-être que tu es en train de rêver, mais alors si c'est le cas, laisse-moi faire quelque chose que j'ai toujours voulu faire."

Je suis un peu étonnée. Je n'ai jamais rêvé de lui d'une manière aussi réaliste. Mais les remords reviennent au galop et je me dis que puisque tout ça n'est pas vraiment réel, peut-être que je pourrais, pour une fois, me rendre et me laisser aller.

"Quoi?" lui demandé-je.

"Juste te serrer dans mes bras," me répond-il simplement.

Je ne lui réponds pas, mais resserre mon étreinte et pose ma tête contre son torse. Il comprend le message et me serre également encore plus fort en poussant un soupir. Nous restons là, sans bouger. J'écoute son coeur battre et me demande si je me souviendrai de ce rêve. J'aimerais ne jamais me réveiller. Simplement être là, assise avec Jarod, dans ses bras. Je suis tellement bien...
Si bien que je m'endors. Je m'endors dans un rêve - étrange - mais plus rien dans ma vie ne parvient encore vraiment à me surprendre. Mes yeux se ferment, mais avant que je ne sombre dans le sommeil, j'ai encore la force de prononcer quelques paroles.

"Jarod?"

"Mmmh?"

"Est-ce que tu reviendras me voir dans mes rêves?" murmuré-je pleine d'espoir.

Je le sens bouger légèrement et l'entends retenir son souffle. Il le lâche finalement et j'entends son sourire dans sa voix quand il me répond alors que mon esprit commence déjà à partir vers l'obscurité accueillante de la nuit :

"Peut-être."


~~~~~~~~~~~~~~~~~~


Lorsque je rouvrit les yeux, il faisait jour. Le soleil passait à travers les fenêtres et on voyait du ciel bleu dehors. On entendait même quelques oiseaux chanter...
Je me suis lentement redressée, cherchant à savoir où j'étais, car il ne me semblait pas avoir dormi dans mon lit. Je me suis regardée, et j'ai vu que j'étais encore toute habillée. Puis tout m'est revenu. Mon rêve. Jarod. Nous, serrés l'un contre l'autre... je crois que cette sorte de vision m'avait fait du bien et m'avait permis d'apaiser quelque peu mon âme, sachant qu'il était encore là pour moi, même si ce n'était que pour la nuit lorsque je m'endormais. J'ai souri en pensant à lui. Il y avait tellement longtemps que je n'avais pas souri.
Comme quoi, même parti, Jarod continuait à avoir de l'influence sur moi.
Je me suis à nouveau regardée, et j'ai remarqué pour la première fois, non sans étonnement, que j'avais une couverture sur moi. Je ne me souvenais pourtant pas en avoir pris une... mais j'étais ivre, la veille, et mieux valait ne pas me fier à ma mémoire.
Je me suis levée lentement - une gueule de bois suivant toujours un abus d'alcool - et me suis étirée, mais soudain j'ai stoppé net dans mon mouvement. Mon regard venait de se poser sur la table à côté du sofa.
Mon pouls s'est accéléré d'un coup.

Une unique rose rouge reposait dessus.

 

Fin

 

 

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